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La procrastination : le REX

La semaine dernière, je n'ai pas réussi à publier l'article "Martin et le Pattern Abstract Factory".

Est-ce que j'avais un sujet ? Oui.
Est-ce que j'avais des choses à dire dessus ? Oui.
Est-ce que je savais comment aborder l'article ? Encore une fois : oui.

En bref : il n'y avait aucune raison pour ne pas écrire et publier l'article. Mais, j'ai procrastiné, et je n'ai rien écrit.

Du coup, cette semaine, je vous explique ce qu'est la procrastination.

Qu'est-ce que la procrastination

L'instant savant

Procrastiner, est un mot issu du latin, pro : « en avant », crastinatus « du lendemain ». Il s'agit de la tendance à «remettre les choses au lendemain ».

Comme vous pourriez l'apprendre dans l'excellent MOOC Learning How To Learn (Barbara Oakley), la procrastination est une réaction normale du cerveau face à une tâche désagréable. Le cerveau pense alors à quelque chose de déplaisant et cela active les mêmes zones que la douleur. Pour se faire bu bien, il va alors chercher à porter son attention sur quelque chose de plus plaisant, ce qui le rend (temporairement) heureux.

À la fin de l'histoire, la tâche désagréable n'est pas réalisée et il faudra y repenser un jour. Et comme nous n'y sommes pas parvenus, nous nous autojugeons. Ce qui cause un sentiment de culpabilité. Ce qui renforce la douleur venant lorsque vient le moment de re-penser à la tâche déplaisante.

Sacré cercle vicieux n'est-ce pas ?

graph TD AA(["📋 Tâche déplaisante à faire"]) --> A A(["😣 Penser à la tâche déplaisante"]) --> B(["💥 Douleur"]) B --> C(["🙄 Faire autre chose de plaisant"]) C --> CC(["😊 Content (temporairement)"]) C --> E(["❌ Tâche non réalisée"]) E --> AA E --> EE(["😟 Culpabilité"]) EE --Renforce--> B

Les adages populaires imputent la procrastination à un manque d'assurance, un manque de confiance, un manque d'envie, une trop grosse complexité, une trop grosse fatigue, etc. Bref. Ce mécanisme vicieux est justifié par tout un tas de raisons, mais je pense qu'il faut les voir comme des déclencheurs plutôt que la cause profonde.

Une sale habitude

La procrastination peut être vue comme une addiction similaire à l'alcoolisme. Un petit peu de procrastination, c'est comme un petit verre ; ça fait un petit peu de bien, et ça ne fait pas trop de mal. Puis on recommence, encore et encore.

À force la procrastination peu causer beaucoup de tort. On tombe dans le "procrastinatioolisme" : l'habitude est tellement ancrée, que l'on procrastine à tout va et on ne réalise plus rien.

Personnellement, je suis un procrastinatioolique, mais je me soigne.

Comment ?

Déjà, commencer par réaliser plusieurs choses :

  • que l'on procrastine à tout va
  • que la procrastination répond à un schéma bien défini : celui des habitudes
  • que la procrastination se soigne facilement

L'habitude est un mécanisme en 4 étapes :

  1. Le Signal, c'est-à-dire le déclencheur qui va amorcer le mécanisme.
    Par exemple pour la procrastination : une notification Teams, LinkedIn ou Twitter.
  2. La Routine, c'est-à-dire le comportement automatique que l'on adopte en réaction au signal.
    Par exemple pour la procrastination : aller consulter Teams, LinkedIn ou Twitter pour voir de quoi il en retourne.
  3. La Récompense, c'est-à-dire la satisfaction que l'on obtient en effectuant la Routine.
    Par exemple pour la procrastination : satisfaire sa curiosité
  4. La Croyance, c'est-à-dire la facilité avec laquelle vous reproduisez l'habitude.
    Les habitudes n'ont que le poids que vous leur accordez.
    Par exemple pour la procrastination : ne pas parvenir à réaliser une tâche va vous conforter dans la croyance que vous n'en êtes pas capable.

Je me répète, mais cette phrase est puissante1 : Les habitudes n'ont que le poids que vous leur accordez. C'est valable pour les mauvaises habitudes, comme pour les bonnes

Limiter la procrastination

Il ne faut jamais remettre à demain, ce que tu peux faire avec une seule.

-- Mon père, reprenant un adage populaire

Nous avons vu plus haut que la procrastination est une réponse de défense de notre cerveau, face à quelque chose qui lui déplait. Or, lorsque l'on commence une tâche déplaisante, nous avons toujours un sentiment de mal-être, de "pas envie", de "j'ai autre chose à faire".

Et c'est normal.

Il s'agit du signal qui amorce la mauvaise habitude tant redoutée et c'est à ce moment que tout se joue. Les non-procastinateurs se disent des choses positives, comme "ce n'est que quelques lignes", ou "je n'ai qu'un exercice à réaliser". Ils mettent le négatif de côté et parviennent ainsi à leurs fins.

De mon expérience de procrastinateur, c'est souvent "se lancer" qui me pose problème. Mais les signaux peuvent arriver à d'autres moments. Chaque distraction est potentiellement un signal nous faisant retomber dans l'habitude. Malheureusement, les distractions sont inévitables. C'est la manière dont nous réagissons à ces sollicitations qui fait la différence.

Voici quelques astuces pour tromper son cerveau et mettre le négatif de côté.

Processus plutôt que le Produit 📦

Lorsque vous réalisez quelque chose, c'est dans le but d'obtenir un produit, ou plutôt, un résultat. Ne pas parvenir au résultat que l'on souhaite est frustrant. Très frustrant. On se juge. On culpabilise.

Bref. On inflige de la douleur à notre cerveau.

Cessons d'être masochistes et cessons de penser au résultat final. Avoir un objectif est important, mais cet objectif ne doit pas être un frein.

Un bon moyen pour éviter de penser au résultat final, c'est de se concentrer sur le processus de production. Il faut mieux se dire "Je travaille 20 minutes sur le sujet", plutôt que ce dire "Je cherche à aller au bout du Kata Diamond". C'est comme un mélange de NoEstimate et de Deliberate Practice appliquée à la vie quotidienne.

🍅 La technique Pomodoro

Un très bon processus, consiste à appliquer la technique Pomodoro. On se concentre le temps d'une itération de 20 à 30 minutes (une "tomate"2), et on donne son maximum. A l'issue du temps imparti, on regarde où on est arrivé.

🐸 FROG

Faites Rapidement Ou Grimacez.

Cette technique est issue de l'adapte imputé à Mark Twain, l'auteur de Tom Sawyer :

Eat a live frog first thing in the morning and nothing worse will happen to you the rest of the day.

Mangez une grenouille vivante au saut du lit, et rien de pire ne pourra vous arriver durant le reste de la journée

La sagesse derrière le comique : si vous avez quelque chose de difficile à faire, ou pour laquelle vous êtes susceptibles de procrastiner faites-en la première tâche de votre journée.

Complément : faites vos TODO listes la veille au soir. Comme ça, vous savez par quoi commencer le matin.

Cette citation a inspiré la méthode Eat That Frog! de Brian Tracy, permettant de mieux gérer son temps, et d'éviter la procrastination.

✂ Découper ses tâches

Parfois, nous nous emballons. Notre ambition dépasse notre capacité de réalisation. Le résultat que l'on cherche à obtenir est tellement gros et complexe, qu'il nous paraît impossible de le compléter.

En ce cas, il faut le découper ! Essayer de vous donner des objectifs S.M.A.R.T.E.F (Le bonheur - Et tout le monde s'en fout:

  • Spécifique,
  • Mesurable,
  • Atteignable et Ambitieux
  • Réaliste
  • Temporel
  • Écologique (en accord avec tes valeurs)
  • Fun

IL vaut mieux commencer petit, et faire grandir ses objectifs au fur et à mesure qu'on les atteint, plutôt que chercher à attendre la lune et désespérer de s'être arrêté à l'ISS.

Par exemple, pour le blog, swyx propose sa règle des Three Strikes. La règle :

Lorsque vous utilisez une idée pour la troisième fois dans une conversation, vous devez en faire un article.

Et cela, quitte à produire des articles plus petits. Il sera toujours temps de venir les consolider, ou les reprendre par la suite pour en faire des chapitres plus étoffés.

🎁 Se récompenser

La procrastination est une habitude et suit le schéma Signal/Routine/Récompense/Croyance. Lorsque vous arrivez à identifier les signaux qui amorcent la procrastination, concentrez-vous sur la réalisation de la tâche. Puis, récompensez-vous. Vous créerez ainsi une nouvelle habitude, qui ira dans le sens que vous souhaitez.

🧩 Utiliser la Gamification

La Gamification est l'art de détourner les éléments amusants et engageant des jeux, pour les appliquer à la vie réelle, ou à des activités de production. Elle permet de mettre en évidence des leviers de motivation et éventuellement de les actionner.

Je connais essentiellement le framework de Gamification Octalysis. Celui-ce présente huits axes de motivation. En voici deux qui peuvent nous intéresser sur la procrastination :

  • Le Renforcement de la créativité et au feedback consiste à faire appel aux forces de création de l'individu pour le pousser à réaliser quelque chose. Par exemple, Yu-kai Chou l'a utilisé pour rédiger son livre. En relisant le dernier paragraphe de sa réalisation, il activait sa créativité en le corrigeant et le complétant. Puis était dans un état d'esprit lui permettant de se lancer sur le paragraphe suivant
  • La Peur de la perte et l'évitement consiste à faire appel auc sentiments néfastes de l'individu, ainf delui éviter une situation. C'est en quelque sorte, utiliser l'énergie de la procrastination contre la procrastination. Se persuader que la situation s'aggrave lorsque l'on procrastine permet de se motiver pour éviter que la situation n'empire. Par exemple : cet article était la pièce manquante su sceau permettant de sauter le monde !!!

Conclusion

La procrastination un mécanisme normal, de défense du cerveau face à une situation qui lui déplaît. Il s'agit d'une habitude dont on peut se débarrasser, pour la remplacer par des routines dont on tirera fierté. Mais n'allons pas trop vite, au risque de se décourager et d'empirer le cercle vicieux.

De mon côté, je cherche à la tacler au travers de l'écriture de ces articles et autres habitudes de veille et de partage. Les semaines précédentes, j'ai produit des articles conséquents pour moi. Mon cerveau n'a pas apprécié et j'ai fait des choses plus plaisantes, mais moins constructives (je trouve). Je vais m'efforcer de réduire le scope pour gagner en régularité, parce que je trouve ça chouette de partager.

Si vous faites face à la procrastination et que c'est un problème, je vous encourage à trouver vos propres habitudes à instaurer pour venir remplacer l'habitude de procrastiner.


Merci de m'avoir lu et bonne journée 🌞
Fabien


Bibliographie et liens utiles


  1. « Habits have power because of your belief in them. », du MOOC Learning How To Learn, traduite par mes soins. 

  2. En référence à la forme du compte-minute utilisé à la genèse de la technique